Récit ou histoire : Le sort de la mère qui a perdu la mémoire et la vente de la maison de leur enfance sont au centre d’une réunion de famille où affleurent tous les traumatismes du passé comme si les personnages étaient impuissants à vivre au présent. Les vieilles jalousies, les vieilles rancoeurs resurgissent. Seul l’enfant semble porteur d’une positivité, d’un espoir.
Qualité de la langue : Langue durassienne du ressassement. Bien maîtrisée. On entend les personnages penser autant qu’on les entend parler. Parfois ils bavardent, parfois ils se racontent. On dirait qu’ils parlent pour conjurer le silence. Ou alors ils s’écoutent parler ? Les dialogues sont assez justes mais on se demande parfois s’il ne s’agit pas d’un long monologue intérieur. Parfois la langue est à la limite de la saturation, de la surcharge. L’auteur est un bon dialoguiste et ne dépasse pas cette limite (de la saturation).
Structure dramaturgique : Suite de conversations chronologiques avec ellipses. Une réunion de famille. Le personnage « principal enjeu », la mère, est hors champ ou au bord du champ et ne dit rien. Les personnages digressent sur de nombreux sujets autour du thème principal. L’auteur nous ouvre parfois son dictionnaire sous les yeux dans les hésitations des personnages sur leur propre utilisation du langage.
Thématique : L’angoisse de la perte de mémoire. Le naufrage d’une famille. L’excès de mémoire comme symptôme d’une maladie de la modernité. Histoire intime avec trahison consentie. Qui est le père de l’enfant ? La religion de la nostalgie. Les « bobos » et les réalistes s’opposent. L’écriture comme planche de salut mais aussi comme cause de tourment.
Conclusion provisoire : Un texte bien écrit. Bien inscrit dans la modernité. Comme si le temps était suspendu et que pendant la durée de cet « arrêt sur image » on fouillait les entrailles et le non dit de cette famille qui pourrait être la nôtre.