Supporters, ou comment le foot peut cristalliser toutes les préoccupations de deux personnages, deux hommes liés par une même passion et tout ce qui y touche de près ou de loin : les pronostics, les matchs précédents, les stratégies, les compétences des joueurs, mais aussi la météo et sa présentatrice (qui est au foot de la religion télévisuelle ce que Marie est à Jésus dans la religion chrétienne) jusqu’aux signes prémonitoires qui font espérer, chaque jour qui passe, une victoire de l’équipe fétiche...
Au travers de quatre actes d’une pièce drôle et triste, merveilleusement traduite, on suit les dialogues de ces deux supporters beckettiens (à moins qu’ils ne soient tchékhoviens) qui ont misé tout le sens de leur vie à la fois dans la nostalgie (« Combien de fois ça y était presque... ») et l’attente de l’événement qui les comblera totalement : la victoire de leur équipe. Ils n’en dorment pas, ils en rêvent, en font des cauchemars. Ils « refont le match », débattent des tactiques footballistiques, des conséquences de précipitations imprévues, de l’importance du soleil dans les yeux du gardien de but, de l’apparition d’une colombe un soir nuageux, ils recréent des séquences entières issues de matchs passés, imaginent des scénarii de victoires à venir...
La constance avec laquelle les deux hommes supportent leur équipe fait le pendant de celle de leur amitié. Musiciens qui se font licencier de leur orchestre, amis profondément liés dans leur passion commune et aussi dans la déchéance sociale qui leur échoit, ils ne semblent pas dramatiser leur situation quand ils doivent jouer dans la rue pour vivre : le foot les tient en haleine, nourrit leur imagination, entretient leur raison de vivre. Sous les dehors divertissants de Supporters (culture footballistique oblige), quelque chose de plus profond apparaît : la question de l’adhésion à quelque chose qui nous dépasse - la foi dans son acception la plus large - est posée : et si ce texte ne parlait pas d’autre chose que du bonheur ? Et si ces deux supporters étaient, par leur capacité à tansformer le réel, des poètes en acte ?