Devant un paysage de montagnes (en Suisse, donc), une équipe de quatre hommes s’apprête à accomplir une mission de la plus haute importance. L’essentiel de leur équipement se résume à une table et quatre tabourets. Tous sont Suisses y compris Cru qui vient pourtant de Kougoslavie. Enfin... Il est Suisse à condition qu’il pousse le convoi (pieds nus) et qu’il ne réclame pas sa part de fromage fondu. Même sa barbe d’intégriste est oubliée, ou plus exactement jetée aux bouquetins, tant qu’il peut s’avérer utile à la pleine réussite de la mission : mettre la table, le réchaud, et « la machine à visiter le siècle » à l’abri, pour pouvoir manger la fondue entre « vrais » Suisses.
En utilisant un ton résolument burlesque, Friederich énonce, dans ce récit d’une odyssée dans les alpages, une série de propositions sur ce que serait l’essence de la "suissitude" (ainsi, le Suisse se doit légalement de ne pas être raciste, mais en revanche il semble de bon ton de faire partie de « la ligue anti-anti-raciste, car comme chacun sait : « Un étranger qui glisse dans le lac, ça fait désordre côté lac. »)
Ils sont quatre devant un paysage montagnard ; ils s’enfonceront dans les eaux du lac Léman, passeront par le désert et termineront à deux en haut du sommet à manger de la fondue. Où sont passés les deux autres, les seuls nommés, Cottet et Mostar Cru ? Peu importe : 1 et 2 ont su rester Suisses sans faillir à leur mission : traverser l’Histoire (et l’histoire) en évitant les « cataclysmes » (genre pluie qui tombe sur le réchaud et le pot à fromage) pour pouvoir, quoi qu’il arrive, finir par s’attabler autour de la fondue.