Une succession de scènes courtes (une vingtaine) mettant en jeu pas moins d’une quarantaine de personnages. On voyage à travers le temps (des années 30 aux années 80) et l’espace pour suivre la trace d’un homme : nouveau-né au départ, clochard céleste à la fin. La particularité de cet homme (et la raison de l’urgence avec laquelle on le recherche) est que son bras droit est une aile. Tout le monde veut se l’approprier, fasciné par cette anomalie naturelle. Les femmes, mais aussi les politiques de tout poil.
Pourtant, ce n’est pas si simple : car notre héros, mi-homme, mi-oiseau, nouvel Icare, glisse entre les mailles de tous ces oiseleurs et préfère toujours la fuite, l’absence, le départ. Un jour, un oiseau (un vrai !) lui a confié un secret. Sa mission désormais est de porter cette nouvelle à un destinataire. Sauf qu’il a oublié. Il ne sait plus, cet anti-héros qui attire à lui tous les désirs, tous les plans, et qui les déjoue en s’esquivant. Ce Bartleby lunaire et marginal.
C’est l’enquête que mène la jeune femme, atteinte elle aussi d’une anomalie physique (un œil sur le sein gauche) et qui cherche à le retrouver, qui sert de fil rouge et nous fait découvrir les différents épisodes de la vie de l’homme ailé. Cette pièce au parfum étrange pose la question de la trace qu’on laisse ou qu’on ne laisse pas, de la légèreté qu’on a ou qu’on n’a pas dans sa trajectoire de vie, de l’attachement et du détachement, de l’ancrage social et de la marginalité...
Les dialogues sont brefs, incisifs. Parfois, les personnages se souviennent et rejouent, à deux ou trois et en la résumant, une conversation qui a eu lieu précédemment : différents niveaux de récit, donc, et une galerie de portraits hauts en couleur qui donne envie de mettre en scène cette pièce avec des marionnettes. Le personnage central, avec son asymétrie homme/oiseau, ouvre, lui aussi, l’imaginaire, quant à un traitement scénique qui fasse se rencontrer l’acteur et l’objet. Vivement conseillé (au même titre que d’autres œuvres du même auteur) aux compagnies de marionnettes !