C’est l’histoire universelle d’un homme qui revient de la guerre. La guerre est terminée, mais la peur subsiste. La peur de la nuit, où tout peut arriver. La nuit ne viendra plus. La prière de la jeune femme a été exaucée. Dans le jour sans fin surgit le jeune homme, à la recherche de son passé, du temps d’avant l’accomplissement « du grand travail », la guerre de Troie ; mais la jeune femme ne le voit pas, et quand elle le voit, elle ne le reconnaît pas. Quand elle l’accueille, il n’est pas le bienvenu. Elle ne lui ouvre la porte qu’en désespoir de cause, et à condition qu’il lui abandonne son couteau. Sa tête est saturée par les images impossibles à nommer des atrocités qu’elle a vécues au temps de ce qui était encore la paix, quand déjà le grand travail se préparait, et pendant son accomplissement. Elle a vu le champion du village se transformer en Héros tragique, s’éloigner, partir.
Mais lui est revenu - est-ce vraiment lui ? - pour la retrouver, trouver enfin ce fils qu’il lui avait fait avant de partir, et l’entendre à nouveau prononcer son nom, et il reste. Il fait intrusion dans la maison jusqu’à refuser d’en sortir pour n’avoir pas à affronter la lumière du jour sans fin. Il demande aussi à la femme de le maintenir éveillé, pour empêcher le rêve, toujours le même, de revenir, et avec lui les visages et les noms de ses compagnons, ceux de son ancienne équipe sportive qui l’ont suivi là-bas, comme toujours ils l’avaient suivi, et qu’il a laissés morts sur les champs de batailles.
La situation ne peut pas durer, or elle est sans issue car il n’est pas Ulysse, et elle ne peut pas l’aider à guérir de sa folie. Assez à s’occuper de la sienne propre. Il faut qu’il parte, pour toujours, afin que la nuit puisse revenir.
C’est la non-histoire de l’impossible retour d’Ajax, l’anti-héros, l’humilié que personne, à part son chien n’attendait plus (chien qu’il tue d’emblée). Celle, aussi, de l’impossible rencontre avec la femme qui l’a oublié pour survivre et qui revit à la fin en acceptant de le laisser se suicider une seconde fois.
La violence des propos, de l’histoire meurtrière, de la folie du héros et de la résignation du personnage féminin fait de ce texte une pièce dramatique très proche des tragédies grecques antiques. Le texte nous prend à la gorge comme le chien d’Ajax et ne nous libère sur le dernier soupir, celui d’un espoir de paix.